Peintures - La poignée de main
Voir le texte intégral Texte Maxime H. Pascal La première « Poignée de mains » expose une translation de la scène projetée sur un plateau de Lego où deux personnages clippés miment le geste devant la figure imposante et débonnaire d’un boeuf. Le sort d’un monde, enjeu de l’enfance. La deuxième « toile » est un diptyque. À gauche, un portrait de Rabin, à droite, le contour d’un visage libéré de la disposition des traits contient des segments des lettres de la phrase dont s’inspire l’artiste : « J’aurais surtout aimé effacer le sourire satisfait de son visage … » Une ombre est posée à côté de Rabin. Cette silhouette abstraite est-elle la sienne, ou serait-elle celle de son esprit ? Est-elle l’ombre manifestée du peintre en tant que regardeur, ou celle d’Arafat ? Son imprécision savante en posant la question remet en jeu la tension ironique de la confrontation précédente. Ce rébus pictural crée une représentation insituable où le face à face mis à plat déploie sur un mode particulièrement actif les opérations sensibles de la pensée. Les bribes des lettres inscrites au centre de la toile, comme réminiscences des réflexions de Rabin, co-existent avec celles du regardant. Cet espace figuratif et réfléchi, puisqu’il ne pourrait être déchiffré qu’en le lisant dans un miroir, invite la sensation d’un léger désarroi vécu en temps réel de part et d’autre de la toile. La multiplication des ombres intérieures est mise à portée de vue. La troisième et dernière « toile » a évacué les protagonistes. Seul le mur derrière eux est traité. Une arcature, le sommet d’un arbuste, une lanterne et son ombre projetée. La peinture désigne le fond de l’histoire. L’abstraction de la scène est poussée à son comble. Elle nous met en relation avec ce qui reste quand les jeux sont faits. Butadès et la lumière de sa lampe originelle passe dans le souffle retenu de la scène. L’image source nourrit le filigrane du tableau. L’ampoule nue de l’atelier de Bacon lui répond en écho. La portée des ombres néglige le cloisonnement. Cette scène d’après la scène ignore le temps de l’histoire, l’ombre des hommes petits ou grands a disparu. Ne reste à voir que ce que personne ne regarde. Le mutisme des objets impersonnels empreints d’absence.
2007 La poignée de main
JEREMIE SETTON
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